Antoine de Saint-Exupéry

Saint-Exupéry écrivait ça dans les années 40
A méditer….Sans doute plus que les mots du « Petit Prince » 

« En Octobre 1940, de retour d’Afrique du Nord ou le groupe 2/33 avait émigré, ma voiture étant remisée exangue dans quelque garage poussiéreux, j’ai découvert la carriole et le cheval. Par elle, l’herbe des chemins, les moutons et les oliviers. Ces oliviers avaient un autre rôle que de battre la mesure derrière les vitres à 130 kilomètres à l’heure. Ils se montraient dans leur rythme vrai qui est de, lentement, faire des olives. Les moutons n’avaient pas pour fin exclusive de faire tomber la moyenne. Ils redevenaient vivants. Ils faisaient de vraies crottes et fabriquaient de la vraie laine. Et l’herbe aussi avait un sens puisqu’ils la broutaient. Et je me suis senti revivre dans ce seul coin du monde où la poussière soit parfumée (je suis injuste, elle l’est en Grèce aussi comme en Provence).
Et il m’a semblé que, durant toute ma vie, j’avais été un imbécile… »

« Je hais mon époque de toutes mes forces. L’homme y meurt de soif.
Ah!… général, il n’y a qu’un problème, un seul de part le monde: rendre aux hommes une signification spirituelle. Faire pleuvoir sur eux quelque chose qui ressemble à un chant grégorien.
Si j’avais la foi, il est bien certain que, passé cette époque de « job nécessaire et ingrat », je ne supporterais plus que Solesmes. On ne peut plus vivre de frigidaires, de politique, de bilans et de mots croisés, voyez-vous, on ne peut plus.
On ne peut plus vivre sans poésie, couleur ni amour. Rien qu’à entendre un chant villageois du XVème siècle, on mesure la pente descendue. Il ne reste rien que la voix du robot de la propagande (Pardonnez-moi!). Deux milliards d’hommes n’entendent plus que le robot, ne comprennent plus que le robot, se font robots. Tous les craquements des trente dernières années n’ont que deux sources: les impasses du système économique du XIXème siècle, le désespoir spirituel…
Les hommes ont fait l’essai des valeurs cartésiennes; Hors des sciences de la nature, ça ne leur a guère réussi ! Il n’y a qu’un problème, un seul: redécouvrir qu’il est une vie de l’esprit, plus haute encore que la vie de l’intelligence, la seule qui satisfasse l’homme… Et la vie de l’esprit commence là où un être « un » est conçu au dessus des matériaux qui la composent. L’amour de la maison, – cet amour inconnaissable aux Etats-Unis – est déjà la vie de l’esprit.
Et la fête villageoise, et le culte des morts (je cite ça, car il s’est tué, depuis mon arrivée ici, deux ou trois parachutistes; mais on les a escamotés, ils avaient fini de servir). Cela, c’est de l’époque, non de l’Amérique: l’homme n’a plus de sens.
Il faut absolument parler aux hommes. A quoi servira de gagner la guerre si nous en avons pour 100 ans d’épilepsie révolutionnaire ? Ah!… quel étrange soir, ce soir, quel étrange climat ! Je vois de ma chambre s’allumer les fenêtres de ces bâtisses sans visage. J’entends les postes de radio divers débiter leur musique de mirliton à cette foule »

Giordano Bruno

« Ce déni de justice, ce tort extrême de la nature, laquelle par l’apparence d’une surface, par une ombre, un fantôme, un songe, un enchantement circéen mis au service de la génération, nous donne l’illusion trompeuse de la beauté. Une beauté qui tout ensemble vient et passe, naît et meurt, fleurit et se fane : elle n’est belle qu’un très court moment, et au dehors, car au-dedans elle ne contient de vrai et de durable qu’une cargaison, un magasin, un entrepôt, un marché de toutes les malpropretés, toxiques et poisons qu’a jamais pu engendrer cette marâtre nature… »

L’homme

C’est ainsi
Puissants ou non
Que les hommes sont…

On sourit en pensant aux costumes de Fillon quand on lit ce qui suit

Comment Dmitry Rybolovlev s’est attaché les services de Bernard Squarcini, ex-patron de la DCRI, pour tenter d’influencer la justice française.

(12/12/2018   Le Point)

C’est Paul Boury, célèbre lobbyiste au service des patrons du CAC 40, de l’industrie et de la moitié des politiques de droite comme de gauche, qui aurait présidé à cette mystérieuse rencontre. Un rendez-vous secret entre un des hommes les plus riches de la planète et un des mieux informés de France. Le 12 novembre 2015, Tetiana Bersheda, avocate de Dmitry Rybolovlev, l’oligarque à la tête de l’AS Monaco, envoie ce message à un destinataire non identifié :
« Confirmez SVP que Bernard et vous serez présents. Confirmez aussi que vous nous donnerez des rapports de surveillance complets et les résultats de votre travail jusqu’à présent. » Bernard ? Bernard Squarcini, ancien patron de la Direction centrale du renseignement intérieur (DCRI), plus connu sous son surnom de « Squale », vient d’entrer au service du multimilliardaire russe.
Quelques mois plus tôt, le camp Rybolovlev avait convenu avec Paul Boury de ce qu’il attendait de l’ancien maître espion : « Bonjour Paul, je te confirme que les conditions sont OK pour nous. Comme discuté hier au téléphone, nous voudrions surtout connaître : ses protecteurs potentiels, ses réseaux, ses associés et autres interlocuteurs et leurs influences. Si vous tombez sur ses projets ou actifs, cela nous intéresse aussi. Merci beaucoup ! Amitiés, Tetiana. »
Et c’est ainsi qu’en mars 2015 Yves Bouvier, un marchand d’art suisse avec lequel Rybolovlev est en conflit depuis le début d’année pour une affaire de gros sous dans une vente de plusieurs œuvres d’art, est devenu la proie du « Squale ». Mais avant de s’inviter dans la tambouille policière française, Dmitry Rybolovlev s’est démené à Monaco pour se mettre policiers et magistrats dans la poche…
Sur le Rocher, l’oligarque russe a activé tous ses réseaux pour que sa plainte visant le marchand d’art soit instruite dans un sens qui lui soit favorable. Depuis 2011, date de son arrivée à Monaco, le milliardaire est de toutes les réceptions mondaines. On s’arrache sa présence. Lui entreprend de polir son image. Le 22 juillet 2013, Willy De Bruyn, un entremetteur monégasque qui siège au conseil d’administration du club de football, remercie l’oligarque pour le bon moment qu’il a fait passer à Albert :
« Fantastique journée. Le prince est ravi et de très bonne humeur. Le rapprochement est réussi », lui écrit-il. « Rybo », comme on l’appelle, est régulièrement invité au palais ou dans les demeures du monarque, à Monaco ou à Gstaad, pour l’anniversaire du souverain. Il tisse patiemment sa toile, fil après fil.

Ses proches en profitent pour approcher ceux qui font la loi. Un sujet, les trusts, préoccupe particulièrement Rybolovlev ? Le Premier ministre monégasque est aussitôt mis au parfum. « Nous avons suspendu le projet d’amener les œuvres d’art pour le moment parce que la loi n’a pas encore été votée. Tu pourrais peut-être souligner l’importance de la TVA dans cette affaire », explique, en novembre 2013, Bersheda à un homme qui a l’oreille du chef du gouvernement. Rybolovlev est invité à l’Opéra de Monte-Carlo ? Une occasion en or pour courtiser les politiques. « Transmettre à DR qu’il doit absolument faire attention à son sourire. Des sourires à tout le monde : il est heureux d’être là et se sent chez lui. Après l’Opéra, on fera une lettre au directeur, qui est aussi conseiller national de Monaco, pour le féliciter », écrit un conseiller du milliardaire.

Pour s’assurer leur soutien, le richissime homme d’affaires distribue à la police, aux magistrats et à toutes les personnes qui comptent sur le Rocher des places en loge pour assister aux matchs de l’AS Monaco. Pour Noël, le ministre de la Justice reçoit une bouteille de champagne à 700 euros, le directeur de la sûreté publique, Régis Asso, un traditionnel samovar russe daté de 1900. Lorsqu’il est interrogé sur ces présents, Paul Masseron, conseiller du gouvernement à l’Intérieur de 2007 à 2015, avant d’être débauché par… Rybolovlev, a cette réponse ahurissante : « La question a été débattue en conseil de gouvernement. (…) Il a été décidé de ne pas refuser ou renvoyer des cadeaux pour ne pas choquer des donateurs qui auraient eu le sentiment que le gouvernement avait des problèmes avec eux. » Monaco, toujours, protège ses intérêts. Lesquels sont pris très à cœur par le milliardaire…
Lorsqu’il lance sa plainte contre Yves Bouvier, tout est prêt : dans les hautes sphères, l’affaire est immédiatement perçue comme « sensible », « confidentielle » et « absolument prioritaire ». La complicité que l’oligarque a instaurée avec les sommités de la principauté se voit dans leurs échanges. En SMS, cela donne des « bises », « toute ma fidélité », « avec mon amitié », et toujours plus d’invitations à dîner. Une stratégie qui se retourne contre lui : une enquête pour corruption active et trafic d’influence est ouverte et va ravager le Rocher en quelques semaines… Le milliardaire a-t-il tenté d’acheter les institutions d’un pays grâce à sa fortune ? L’incorruptible juge Levrault, un magistrat français envoyé à Monaco, multiplie les perquisitions et les gardes à vue jusqu’au sommet de l’État.
Le magistrat fait saisir le téléphone de Me Bersheda et de plusieurs hiérarques, et exploite leur contenu. Le Monde et Mediapart révèlent l’étendue de la connivence entre les enquêteurs et le camp Rybolovlev, un « ultra-VIP » sur le Rocher. On apprend qu’en février 2015, si le marchand d’art Yves Bouvier a été interpellé en principauté, c’est parce qu’il y avait été attiré par Me Bersheda. Dans la coulisse, cette dernière conduit l’enquête, accompagne les témoins au commissariat, dicte aux policiers ce qu’ils doivent faire et qui ils doivent auditionner. En off, elle leur donne des renseignements qui n’apparaissent pas au dossier d’instruction – bien qu’elle nie aujourd’hui avoir instrumentalisé la procédure… La famille princière craint un scandale sans précédent, car son linge sale est déballé en public. Le juge Levrault a fait saisir un petit carnet noir appartenant au directeur des services judiciaires (poste équivalent à celui de ministre de la Justice), Philippe Narmino, qui, semaine après semaine, a pris des notes sur ses rendez-vous avec le procureur général. Il y est par exemple question de l’épouse d’un homme politique local très important qui a frappé la maîtresse de ce dernier. « Affaire potentiellement explosive ! » écrit le directeur, un jour de novembre. « Les choses s’aggravent, peur du scandale », ajoute-t-il quelques semaines plus tard.
Toute l’année 2015, Tetiana Bersheda, elle, continue à veiller sur son carnet de bal. Alors que l’affaire vient d’être lancée, elle soigne la famille de Philippe Narmino. En février, l’épouse du garde des Sceaux monégasque lui envoie ainsi un message gentil : « Remercie chaleureusement Dmitry de notre part pour son hospitalité sans faille et renouvelle-lui nos amitiés et nos félicitations pour la beauté de sa résidence gstadoise. » Le fils Narmino, Antoine, est lui-même en relation d’affaires avec le camp Rybolovlev, sur les conseils de son père. Drôle de mélange des genres. Et que dire de Franck Michel, un des avocats de Tania Rappo, une des ennemies du camp Rybolovlev, qui semble être particulièrement surveillé ? « Dossier Michel, suspension permis de conduire. (…) Il faut une impartialité apparente. Désigner un magistrat du siège », peut-on lire dans le carnet de Philippe Narmino. On a fait mieux quant à l’image d’indépendance que la justice est censée donner d’elle-même…
En France, les autorités toussent. Une grande partie des magistrats et enquêteurs basés à Monaco, dont le procureur général, sont français et on ne voudrait pas que le scandale franchisse nos minces frontières. Un homme va pourtant se charger d’exporter le conflit dans l’Hexagone : Bernard Squarcini.
L’ancien patron de la DCRI sait que le nom de Bouvier apparaît, à Paris, dans une affaire de vente de tableaux de Picasso et va se servir de l’information pour tenter d’influer sur la procédure. En décembre 2015, il contacte Christian Sainte, alors nouveau patron du 36, quai des Orfèvres :
« Bonjour Christian, dans le cadre de l’affaire Rybolovlev-Bouvier, il y a un volet parisien et parties fines rue Miromesnil. L’avocate me parle d'[une] témoin et souhaite savoir si la fille va être entendue. Merci bien. Amitiés. »
L’avocate évoquée par Squarcini dans son mail n’est autre que Tetiana Bersheda, la femme de confiance de l’oligarque russe. Quant à la « témoin », il s’agit… d’une escort girl assurant avoir des informations à charge contre le marchand d’art;
Par l’entremise de Squarcini, le milliardaire russe se serait-il ingénié à dénicher des boules puantes contre son principal ennemi ? Le « Squale » s’en défend : « Je n’ai pas eu de suite. C’était juste un élément de facilitation. Je me serais bien gardé de porter un jugement ou d’influer sur une procédure en cours. (…) Pourquoi Christian Sainte ? Parce que je le connaissais », a-t-il expliqué aux juges, qui l’ont interrogé après cette découverte. Le patron du « 36 », lui, jure au Point ne jamais avoir lancé d’enquête à la suite des informations contenues dans le mail et dit ne pas être « proche » de Squarcini, qui ne « fait pas partie de [s]on environnement immédiat ».
« Je l’ai peut-être croisé une ou deux fois en dehors du travail, dont une fois au club de tir, confie-t-il. Son mail était arrivé comme un cheveu sur la soupe. Il semblait parler d’une affaire de proxénétisme alors qu’on était sur une vente de tableaux. Je comprends mieux, maintenant que je sais pour qui il travaillait… J’aurais pu être instrumentalisé si j’avais réagi. »
Devant ses riches clients, le « Squale » s’était pourtant montré, à l’époque, beaucoup plus prolixe. « Je vous confirme la prise en charge, comme convenu, au niveau des autorités, à Monaco et à Paris. (…) Il s’agit d’un dossier suivi sur lequel il y a une forte sensibilisation et une volonté d’aboutir », écrit-il à Me Bersheda en avril 2015. Précisant que « l’environnement de l’intéressé [Yves Bouvier, NDLR] est en cours » et que « deux de ses relations sont défavorablement connues ».
Après son mail à Sainte, fin 2015, Squarcini s’empresse également de vanter son action auprès de Me Bersheda : « J’ai pu relancer le dossier (…), en donnant, le 18 décembre, tous les éléments au nouveau directeur de la PJPP [police judiciaire de la préfecture de police de Paris, NDLR]. C’est la brigade de répression du banditisme qui a ce dossier. »
En réalité, Squarcini pourrait avoir fait plus pour Rybolovlev qu’écrire un simple mail au chef de la PJ parisienne. Le 30 avril 2015, Christian O., un proche du « Squale » en poste à la DGSI, tape le nom d’Yves Bouvier dans la base de données confidentielle Cristina, qui compile des informations sur toutes les personnes fichées et leurs proches. Quatre jours plus tard, Squarcini confie au camp Rybolovlev que Bouvier « n’a pas attiré l’attention des services de police en France ». Hasard ou coïncidence ? Le 16 décembre 2015, Christian O. cible une nouvelle identité, celle du journaliste et expert en terrorisme autoproclamé Roland Jacquard. Quinze jours plus tard, l’homme fait l’objet d’une note de renseignements que Bernard Squarcini adresse à Tetiana Bersheda. Interrogé par les juges, Christian O. jure avoir cherché de sa propre initiative des informations sur ces deux hommes. Mais il reconnaît avoir rendu des dizaines de services similaires à son ancien chef. Qui le lui rendait bien…
« Pour moi, Bernard Squarcini était mon patron, confie l’agent aux magistrats qui le questionnent. Il est parti mais il reste une pointure du renseignement. (…) Entre 2012 et 2016, j’ai eu cinq patrons qui se sont succédé. (…) Ils ont tous su que je rencontrais Bernard Squarcini et que celui-ci me donnait du renseignement. Au point qu’en plaisantant j’avais suggéré qu’on l’immatricule comme source. »

Régis Asso, ancien chef de la police monégasque s’était vu offrir un superbe samovar daté de 1900 de la part de Dmitry Rybolovlev.

Lorsque, en 2016, le « Squale » est perquisitionné à son tour pour une affaire de trafic d’influence, Christian O. panique, s’en réfère à ses chefs, leur explique qu’il a fait des recherches pour le compte de Squarcini. Surprise, les pontes de la DGSI ne bougent pas : « Mon interlocuteur, dont je tairai le nom, haut placé dans la hiérarchie, m’a dit : « Ne vous inquiétez pas. » » Une réponse que lui feront tous les supérieurs qu’il consulte. Squarcini ferait donc l’objet d’une curieuse mansuétude au sein de l’appareil policier… La situation est d’autant plus préoccupante que, comme Squarcini, d’autres enquêteurs français sont sortis de leurs attributions. En février 2015, les policiers monégasques communiquent avec leurs collègues parisiens sur la garde à vue de Bouvier. Alors que le téléphone du marchand d’art est censé avoir été placé sous scellé, les Monégasques copient son répertoire et envoient au commandant Thomas Erhardy, de la BRB, le numéro d’une call-girl fréquentée par Bouvier, ainsi qu’une « note blanche » contenant des informations.
Le commandant Erhardy se dépêchera ensuite de réclamer les factures détaillées du téléphone de la prostituée afin de localiser Bouvier : « Peux-tu me rappeler tous les numéros de téléphone utilisés par Y. Bouvier ? » demande-t-il à son homologue en principauté. Les policiers agissent de manière illégale et le savent parfaitement. Christian Sainte est en copie de certains mails, mais affirme aujourd’hui, au vu de ses fonctions très chronophages, ne pas s’être particulièrement intéressé à ce dossier. Le 14 avril 2015, Thomas Erhardy, sachant l’enquête viciée, trouve un moyen facile de « blanchir » ces informations : « J’ai rectifié le tir avec la juge. Je pars d’un renseignement anonyme », écrit-il dans un mail. Le policier a depuis quitté la BRB et a été muté dans les îles à la Direction de la coopération internationale. Un changement de fonction qui ne devrait pas empêcher Yves Bouvier de demander la nullité totale de la procédure, tant ses droits semblent avoir été bafoués dans cette affaire.

Mis en cause pour ses relations avec Rybolovlev, Philippe Narmino, directeur des services judiciaires, a démissionné de ses fonctions en septembre 2017.

Jean-Pierre Dreno, ancien procureur général français de Monaco, a été muté à Aix-en-Provence.

Régis Asso, ancien chef de la police monégasque, a pris sa retraite en 2016.

Le palais princier, lui, est extrêmement embarrassé. Le 14 septembre 2017, Serge Telle, le ministre d’État, l’équivalent du Premier ministre en France, réfléchit à des éléments de langage, en vue de la démission du directeur des services judiciaires, Philippe Narmino. « Cette décision permettra à Philippe Narmino de se défendre librement et de prouver (…) qu’il n’y a pas eu entrave au fonctionnement régulier de la justice, écrit Serge Telle. Cette décision vise ensuite à faire cesser des polémiques servant des intérêts privés qui cherchent à détourner l’attention des accusations qui les visent en faisant peser le soupçon sur la justice monégasque. » Bref, aucune remise en question. Une semaine plus tard, le chef de gouvernement écrit une note à l’attention directe du prince Albert. Il évoque la « croisade » du juge Levrault, ces journalistes « hostiles à Monaco » et la volonté d’Yves Bouvier d’« attaquer davantage encore l’édifice ».
Le dossier a en tout cas jeté un froid dans la coopération judiciaire entre les deux pays. Jean-Pierre Dreno, procureur général de Monaco, a été rapatrié à Aix-en-Provence. Son bureau a été perquisitionné en novembre par les juges d’instruction Aude Buresi et Serge Tournaire, qui ont trouvé la trace de plusieurs échanges entre lui et une fonctionnaire encore en poste sur le Rocher. Laquelle lui écrit, le 25 janvier 2018 : « Bonjour M. le procureur ! Ça va de mal en pis ici. Le nouveau directeur des services judiciaires ne renouvelle aucun des magistrats français qui en étaient à leur date d’anniversaire. (…) Dorénavant les contrats de trois ans ne seront plus renouvelés. Les magistrats du siège ont voté une motion. Mais tout ça finira en pschitt bien évidemment. Magistrats comme personnel démotivés. (…) Je vous embrasse, bon courage. »
Quant à Bernard Squarcini, son domicile a de nouveau été perquisitionné et il a été interrogé cet automne sur ses missions exactes au service de Dmitry Rybolovlev. De nombreux mystères demeurent. Notamment ce rapport de surveillance trouvé lors des perquisitions, qui détaille les faits et gestes de Daria Strokous, compagne de l’oligarque russe. Cette mission d’espionnage a été commanditée par le milliardaire lui-même – qui sort d’un très coûteux divorce – à la société Arcanum. Sans surprise, c’est le « Squale » qui a servi d’intermédiaire.

A l’automne 2016, un ex-flic, soupçonné d’avoir vendu un titre de résidence à un multimillionnaire belge, est interpellé. Mais Christian Carpinelli, qui avait quitté la police pour rejoindre l’AS Monaco, nie et dézingue à tout-va. Devant le juge Levrault, en octobre 2017, il explique que, « parmi les résidents les plus huppés de la principauté », certains ont fait des dons qui ont permis à l’amicale de la police d’« acquérir des biens immobiliers ».« Il est évident qu’à l’égard de ces bienfaiteurs la Sûreté publique a toujours accordé une approche bienveillante tant à l’égard de l’instruction des dossiers de résidents que dans d’autres domaines », ose-t-il. L’ex-flic assure également que l’AS Monaco, en envoyant aux huiles de la police et de la justice des abonnements au stade, s’attache leurs « bons services (…) ne serait-ce que pour l’instruction des dossiers de résidence de leurs protégés. Je parle des joueurs de football ». Des élucubrations d’un homme acculé ? Pas si sûr. Ses propos sont surveillés comme le lait sur le feu par le directeur des services judiciaires de l’époque, Philippe Narmino. Dans un carnet saisi par les enquêteurs, celui-ci écrit, le 16 janvier 2017 : « Affaire Carpinelli : déballage nationalité (…). Résidences des joueurs de foot qui seraient fictives. » Le 3 avril 2017, il ajoute : « Carpinelli : provocateur et pervers. Préparer réponses à ses arguments à l’avance. » Un dossier explosif pourrait néanmoins conforter l’ex-flic.
En 2015, le milliardaire Maurice Amon choisit Monaco pour divorcer de son épouse, Tracey Espy-Hejailan. Or cette dernière s’y oppose et s’appuie sur les agendas de son époux, les factures détaillées de son téléphone, les témoignages de ses domestiques et de prétendues factures d’hôtel où Maurice Amon n’a jamais mis les pieds afin d’assurer que son mari n’est que fictivement résident à Monaco pour des raisons fiscales. Le litige est arrivé au pénal et, en haut lieu, on garde un œil attentif sur l’affaire. La preuve ? Selon nos informations, lors de perquisitions menées en septembre 2017, le dossier « Maurice Amon » a été, curieux hasard, retrouvé dans le tiroir central du bureau de Philippe Narmino…

Abel et Caïn

Adam eut des relations conjugales avec sa femme Eve. Elle tomba enceinte et mit au monde Caïn. Elle dit: «J’ai donné vie à un homme avec l’aide de l’Eternel.»
2 Elle mit encore au monde le frère de Caïn, Abel. Abel fut berger et Caïn fut cultivateur.
3 Au bout de quelque temps, Caïn fit une offrande des produits de la terre à l’Eternel.
4 De son côté, Abel en fit une des premiers-nés de son troupeau et de leur graisse. L’Eternel porta un regard favorable sur Abel et sur son offrande,
5 mais pas sur Caïn et sur son offrande. Caïn fut très irrité et il arbora un air sombre.
6 L’Eternel dit à Caïn: «Pourquoi es-tu irrité et pourquoi arbores-tu un air sombre?
7 Certainement, si tu agis bien, tu te relèveras. Si en revanche tu agis mal, le péché est couché à la porte et ses désirs se portent vers toi, mais c’est à toi de dominer sur lui.»
8 Cependant, Caïn dit à son frère Abel: «Allons dans les champs» et, alors qu’ils étaient dans les champs, il se jeta sur lui et le tua.
9 L’Eternel dit à Caïn: «Où est ton frère Abel?» Il répondit: «Je ne sais pas. Suis-je le gardien de mon frère?» 10 Dieu dit alors: «Qu’as-tu fait? Le sang de ton frère crie de la terre jusqu’à moi.
11 Désormais, tu es maudit, chassé loin du sol qui s’est entrouvert pour boire le sang de ton frère versé par ta main.
12 Quand tu cultiveras le sol, il ne te donnera plus toutes ses ressources. Tu seras errant et vagabond sur la terre.»
13 Caïn dit à l’Eternel: «Ma peine est trop grande pour être supportée.
14 Voici que tu me chasses aujourd’hui de cette terre. Je serai caché loin de toi, je serai errant et vagabond sur la terre, et toute personne qui me trouvera pourra me tuer.»
15 L’Eternel lui dit: «Si quelqu’un tue Caïn, Caïn sera vengé sept fois» et l’Eternel mit un signe sur Caïn afin que ceux qui le trouveraient ne le tuent pas.

Prométhée

Sans doute le mythe originel de notre funeste destinée!
Avec celui d’Abel et Caïn sans doute….

Il fut jadis un temps où les dieux existaient, mais non les espèces mortelles. Quand le temps que le destin avait assigné à leur création fut venu, les dieux les façonnèrent dans les entrailles de la terre d’un mélange de terre et de feu et des éléments qui s’allient au feu et à la terre. Quand le moment de les amener à la lumière approcha, ils chargèrent Prométhée et Épiméthée de les pourvoir et d’attribuer à chacun les qualités appropriées. Mais Épiméthée demanda à Prométhée de lui laisser faire seul le partage. « Quand j’aurai fini, dit-il, tu viendras l’examiner ». Sa demande accordée, il fit le partage, et, en le faisant, il attribua aux uns la force sans la vitesse, aux autres la vitesse sans la force ; il donna des armes à ceux-ci, les refusa à ceux-là, mais il imagina pour eux d’autres moyens de conservation ; car à ceux d’entre eux qu’il logeait dans un corps de petite taille, il donna des ailes pour fuir ou un refuge souterrain ; pour ceux qui avaient l’avantage d’une grande taille, leur grandeur suffit à les conserver, et il appliqua ce procédé de compensation à tous les animaux. Ces mesures de précaution étaient destinées à prévenir la disparition des races. Mais quand il leur eût fourni les moyens d’échapper à une destruction mutuelle, il voulut les aider à supporter les saisons de Zeus ; il imagina pour cela de les revêtir de poils épais et de peaux serrées, suffisantes pour les garantir du froid, capables aussi de les protéger contre la chaleur et destinées enfin à servir, pour le temps du sommeil, de couvertures naturelles, propres à chacun d’eux ; il leur donna en outre comme chaussures, soit des sabots de corne, soit des peaux calleuses et dépourvues de sang ; ensuite il leur fournit des aliments variés suivant les espèces, aux uns l’herbe du sol, aux autres les fruits des arbres, aux autres des racines ; à quelques-uns même il donna d’autres animaux à manger ; mais il limita leur fécondité et multiplia celle de leurs victimes, pour assurer le salut de la race.
Cependant Epiméthée, qui n’était pas très réfléchi, avait, sans y prendre garde, dépensé pour les animaux toutes les facultés dont il disposait et il lui restait la race humaine à pourvoir, et il ne savait que faire. Dans cet embarras, Prométhée vient pour examiner le partage ; il voit les animaux bien pourvus, mais l’homme nu, sans chaussures, ni couverture, et le jour fixé approchait où il fallait l’amener du sein de la terre à la lumière. Alors Prométhée, ne sachant qu’imaginer pour donner à l’homme le moyen de se conserver, vole à Héphaïstos et à Athéna la connaissance des arts avec le feu ; car, sans le feu, la connaissance des arts était impossible et inutile ; et il en fait présent à l’homme. L’homme eut ainsi la science propre à conserver sa vie ; mais il n’avait pas la science politique ; celle-ci se trouvait chez Zeus, et Prométhée n’avait plus le temps de pénétrer dans l’acropole que Zeus habite et où veillent d’ailleurs des gardes redoutables. Il se glisse donc furtivement dans l’atelier commun où Athéna et Héphaïstos cultivaient leur amour des arts, il y dérobe au dieu son art de manier le feu et à la déesse l’art qui lui est propre, et il en fait présent à l’homme, et c’est ainsi que l’homme peut se procurer des ressources pour vivre. Dans la suite, Prométhée fut, dit-on, puni du larcin qu’il avait commis par la faute d’Épiméthée. Quand l’homme fut en possession de son lot divin, d’abord à cause de son affinité avec les dieux, il crut à leur existence, privilège qu’il a seul de tous les animaux, et il se mit à leur dresser des autels et des statues ; ensuite il eut bientôt fait, grâce à la science qu’il avait, d’articuler sa voix et de former les noms des choses, d’inventer les maisons, les habits, les chaussures, les lits, et de tirer les aliments du sol. Avec ces ressources, les hommes, à l’origine, vivaient isolés, et les villes n’existaient pas ; aussi périssaient-ils sous les coups des bêtes fauves, toujours plus fortes qu’eux ; les arts mécaniques suffisaient à les faire vivre ; mais ils étaient d’un secours insuffisant dans la guerre contre les bêtes ; car ils ne possédaient pas la science politique dont l’art militaire fait partie. En conséquence ils cherchaient à se rassembler et à se mettre en sûreté en fondant des villes ; mais quand ils s’étaient rassemblés, ils se faisaient du mal les uns aux autres, parce que la science politique leur manquait, en sorte qu’ils se séparaient de nouveau et périssaient.
Alors Zeus, craignant que notre race ne fût anéantie, envoya Hermès porter aux hommes la pudeur et la justice, pour servir de règles aux cités et unir les hommes par les liens de l’amitié. Hermès alors demanda à Zeus de quelle manière il devait donner aux hommes la justice et la pudeur. — Dois-je les partager, comme on a partagé les arts ? Or les arts ont été partagés de manière qu’un seul homme, expert en l’art médical, suffit pour un grand nombre de profanes, et les autres artisans de même. Dois-je répartir ainsi la justice et la pudeur parmi les hommes, ou les partager entre tous ? — Entre tous, répondit Zeus ; que tous y aient part, car les villes ne sauraient exister, si ces vertus étaient, comme les arts, le partage exclusif de quelques-uns ; établis en outre en mon nom cette loi, que tout homme incapable de pudeur et de justice sera exterminé comme un fléau de la société.
Voilà comment, Socrate, et voilà pourquoi et les Athéniens et les autres, quand il s’agit d’architecture ou de tout autre art professionnel, pensent qu’il n’appartient qu’à un petit nombre de donner des conseils, et si quelque autre, en dehors de ce petit nombre, se mêle de donner un avis, ils ne le tolèrent pas.
Il semble qu’ils aient raison. Mais quand on délibère sur la politique, où tout repose sur la justice et la tempérance, ils ont raison d’admettre tout le monde, parce qu’il faut que tout le monde ait part à la vertu civile ; autrement il n’y a pas de cité.

Matthew Crawford

Plus le temps passe et plus je me sens proche des théories philosophiques de l’américain Crawford dont sa publication « Shop Class as Soulcraft »   « Eloge du carburateur »  🙂
D’accord sur le fait que les professions intellectuelles classiques sont devenues aussi aliénantes et dépourvues de sens que peut l’être le travail à la chaine dans l’industrie (« bullshit jobs », « métiers pipeau ».
D’accord sur cette analyse: Une grande part de la réflexion sur le bien-être repose aujourd’hui sur l’idée que, pour affronter le réel, il faut être solide, et que cette solidité se construit grâce à l’amour reçu de ses parents dans l’enfance. Amour inconditionnel qui, quoi que fasse l’enfant, doit lui permettre de réussir tout ce qu’il entreprend. Or pour Crawford, cette affection sans conditions désarme l’individu qui perd tout critère ou étalon pour déterminer si ce qu’il fait est bon ou raté.
D’accord pour dire que la liberté et la valeur réelle sont déterminées par le travail manuel. Crawford invite à une reconstruction complète de la pensée du travail technique dans une perspective pragmatique où la vérité d’une chose est déterminée avant tout par sa capacité ou non à fonctionner.

Schopenhauer

« La pensée de la cessation de notre existence .. doit raisonnablement aussi peu nous attrister que la pensée que nous n’aurions jamais existé .. Il faut envisager la vie comme une sévère leçon qui nous est infligée »
Extrait – Du néant de la vie

La raison et la lucidité face à l’idéalisme, pour sortir de celui-ci.
Pour moi, dur, dur…