Gérald Bronner

A propos de son dernier ouvrage « Apocalypse cognitive », des extraits d’interview du journal Le Point:

« Jamais dans l’Histoire l’être humain n’a bénéficié d’autant de temps disponible, soutient-il, ni n’a été soumis à une telle masse d’informations. Mais loin d’utiliser ces trésors pour élever l’humanité à un stade supérieur de connaissances, il en devient le jouet… 

Instinct. Surinformé, plongé dans un océan planétaire de données, de croyances, de fake news, de démagogie et de mensonges, le cerveau humain est désormais l’enjeu d’une lutte d’influences visant à en capturer les tendances naturelles et à en exploiter les fragilités. Dans cette course permanente pour capter l’attention du public, médias, fournisseurs de contenus, publicitaires, idéologues, politiques même s’adressent à nos instincts plus qu’à notre raison, dévoilant certains éléments de notre nature profonde façonnés par des millénaires d’évolution : l’obsession du sexe – liée à l’instinct de reproduction –, le conflit – consubstantiel à la vie en groupe –, la peur – condition de la survie en milieu hostile… Ces mêmes instincts qui ont permis à l’homme du néolithique de développer des civilisations successives entraîneront-ils l’humanité, demain, sur une pente inverse ?
Face à cette vertigineuse perspective, Gérald Bronner défend une approche basée sur la connaissance et le développement de l’esprit critique. Mais cette approche, prévient-il, a un préalable : la lucidité. Pour se libérer des innombrables manipulations qui le menacent, l’homme doit en premier lieu accepter de regarder en face sa propre nature, et se libérer des « mythes » découlant du déterminisme social dont s’inspire encore largement la sociologie contemporaine. Puisque les thèses actuelles ne permettent pas de comprendre ni de penser le réel, il convient d’en changer, en balayant les idéologies qui refusent cette « part sombre » de la nature humaine. En clair, Pierre Bourdieu et ses disciples se trompent, assène-t-il : si l’environnement social influence évidemment les individus, le pouvoir prêté à des entités collectives (« le capitalisme », « le système », « les dirigeants »…) échoue à rendre intelligibles les conséquences du chaos informationnel qui bouleverse nos sociétés. Au contraire : nos données numériques prouvent que nous sommes aussi naturellement dotés de dispositions cognitives qui déterminent nos comportements.

Simone Weil

A propos de l’égalité

Le respect est dû à l’être humain comme tel et n’a pas de degrés.

Simone Weil à Joë Bousquet le 13 avril 1942
L’attention est la forme la plus rare et la plus pure de la générosité.
Il est donné à très peu d’esprits de découvrir que les choses et les êtres existent. Depuis mon enfance je ne désire pas autre chose que d’en avoir reçu avant de mourir la révélation complète. Il me semble que vous êtes engagé dans cette découverte.
(…) Cette découverte fait en somme le sujet de l’histoire du Graal. Seul un être prédestiné a la capacité de demander à un autre « Quel est donc ton tourment ? » Et il ne l’a pas en entrant dans la vie. Il lui faut passer par des années de nuit obscure où il erre dans le malheur, loin de tout ce qu’il aime et avec le sentiment d’être maudit. Mais au bout de tout cela il reçoit la capacité de poser une telle question, et du même coup la pierre de vie est à lui. Et il guérit la souffrance d’autrui.

La pesanteur et la grâce
Considérer toujours les hommes au pouvoir comme des choses dangereuses.

……

Pour ceux dont le je est mort, on ne peut rien faire, absolument rien. Mais on ne sait jamais si, chez un humain déterminé, le je est tout à fait mort, ou seulement inanimé. S’il n’est pas tout à fait mort, l’amour peut le ranimer comme par une piqûre, mais seulement l’amour tout à fait pur, sans la moindre trace de condescendance, car la moindre nuance de mépris précipite vers la mort.

….

C’est une faute que de désirer être compris avant de s’être élucidé soi-même à ses propres yeux. C’est rechercher des plaisirs dans l’amitié, et non mérités. C’est quelque chose de plus corrupteur encore que l’amour. Tu vendrais ton âme pour l’amitié.
Apprends à repousser l’amitié, ou plutôt le rêve de l’amitié. Désirer l’amitié est une grande faute.
L’amitié doit être une joie gratuite comme celle que donne l’art, ou la vie. Il faut la refuser pour être digne de la recevoir : elle est de l’ordre de la grâce («Mon Dieu, éloignez-vous de moi…»). Elle est de ces choses qui sont données par surcroît. Tout rêve d’amitié mérite d’être brisé. Ce n’est pas par hasard que tu n’as jamais été aimée… Désirer échapper à la solitude est une lâcheté. L’amitié ne se recherche pas, ne se rêve pas, ne se désire pas ; elle s’exerce (c’est une vertu). Abolir toute cette marge de sentiment, impure et trouble. Schluss !
Ou plutôt (car il ne faut pas élaguer en soi avec trop de rigueur), tout ce qui, dans l’amitié, ne passe pas en échange effectifs doit passer en pensées réfléchies. Il est bien inutile de se passer de la vertu inspiratrice de l’amitié. Ce qui doit être sévèrement interdit, c’est de rêver aux jouissances du sentiment. C’est de la corruption. Et c’est aussi bête que de rêver à la musique ou à la peinture. L’amitié ne se laisse pas détacher de la réalité, pas plus que le beau. Elle constitue le miracle, comme le beau. À vingt-cinq ans, il est largement temps d’en finir radicalement avec l’adolescence…

Note sur la suppression générale des partis politiques
Supposons un membre d’un parti, député, candidat à la députation, ou simplement militant, qui prenne publiquement en public l’engagement que voici :  » Toutes les fois que j’examinerai n’importe quel problème politique ou social, je m’engage à oublier absolument le fait que je suis membre de tel groupe, et à me préoccuper exclusivement de discerner le bien public et la justice.  » Ce langage serait mal accueilli. Les siens et beaucoup d’autres l’accuseraient de trahison.

L’enracinement
La symbolique grecque explique le fait que Pythagore ait offert un sacrifice dans sa joie d’avoir trouvé l’inscription du triangle rectangle dans le demi-cercle.

Le cercle aux yeux des Grecs, était l’image de Dieu. Car un cercle qui tourne sur lui-même, c’est un mouvement où rien ne change et parfaitement bouclé sur soi-même. Le symbole du mouvement circulaire exprimait chez eux la même vérité qui est exprimée dans le dogme chrétien par la conception de l’acte éternel d’où procèdent les relations entre les Personnes de la Trinité.

La moyenne proportionnelle était à leurs yeux l’image de la médiation divine entre Dieu et les créatures. Les travaux mathématiques des Pythagoriciens avaient pour objet la recherche de moyennes proportionnelles entre nombres qui ne font pas partie d’une même progression géométrique, par exemple entre l’unité et un nombre non carré. Le triangle rectangle leur a fourni la solution. Le triangle rectangle est le réservoir de toutes les moyennes proportionnelles. Mais dès lors qu’il est inscriptible dans le demi-cercle, le cercle se substitue à lui pour cette fonction. Ainsi le cercle, image géométrique de Dieu, est la source de l’image géométrique de la Médiation divine. Une rencontre aussi merveilleuse valait un sacrifice.

Décivilisation

Extrait du journal « La Revue des deux Mondes » de ce mois.

LA DÉCIVILISATION À L’ŒUVRE

La légitimité de l’État civilisateur et son cadrage des violences, individuelles et communautaires, sont aujourd’hui remis en cause. « Toutes les formes de destruction qui en résultent renvoient au concept de pulsion de mort forgé par Freud », analyse Josepha Laroche. Plus qu’un simple « ensauvagement », la professeure de science politique décrypte, dans la Revue, la « décivilisation » de notre société.

Dans la France de 2020, la question de l’insécurité mobilise le débat politique car elle inquiète les Français. Dans cette « France Orange mécanique », nous observons en effet une explosion des incivilités, une banalisation du vandalisme et des violences extrêmes ainsi que la multiplication d’actes de barbarie. Il se révèle donc essentiel d’en prendre la mesure et d’en comprendre la signification.

Le concept de pulsion de mort forgé par Sigmund Freud dans le cadre de sa théorie générale de l’appareil psychique peut nous permettre d’y parvenir. Le fondateur de la psychanalyse l’a introduit pour la première fois en décembre 1920 dans Au-delà du principe de plaisir, il y a donc tout juste un siècle. Depuis, ce texte est devenu canonique, marquant un tournant majeur dans la réflexion du théoricien.

Freud inaugure avec cet écrit sa seconde topique psychique. Celle-ci comprendra dorénavant le moi, le ça et le surmoi, là où il n’y avait auparavant qu’un espace moins conceptualisé, plus informe et imprécis composé du conscient, du préconscient et de l’inconscient. Autant dire que cette avancée porte témoignage d’un réagencement majeur de la pensée freudienne. Cette dernière pourra désormais offrir de plus larges perspectives analytiques, en particulier grâce à la théorie des pulsions. Dans les années qui suivront, le concept de pulsion de mort tiendra une place importance dans son oeuvre. Freud le placera par exemple au centre de Malaise dans la civilisation.
« Pour Freud, la pulsion de mort, c’est la pulsion par excellence, celle qui maintient les hommes dans un état antérieur à la civilisation, un état pré-culturel, celui de la barbarie. » 

La première acception de la pulsion de mort qu’il en donne caractérise, selon lui, l’aspiration fondamentale de tout être humain à retrouver le repos absolu de l’anorganique, c’est-à-dire se fondre dans le néant qui aurait précédé la vie. Vient ensuite la seconde définition suivant laquelle le thanatos (la pulsion de mort) se manifeste par des orientations agressives, des mouvements d’emprise et de volonté de puissance. Tournée vers toutes les formes d’autodestruction et de destruction, cette pulsion comprend les tendances à l’anéantissement d’autrui aussi bien qu’à la destruction de soi, ce en quoi elle présente une dimension éminemment régressive. Pour Freud, la pulsion de mort, c’est la pulsion par excellence. Celle qui tire l’humain vers l’en-deçà, l’infraculturel, voire l’infrahumain ; celle qui maintient les hommes dans un état antérieur à la civilisation, un état pré-culturel, celui de la barbarie.

Dans sa théorie générale, la pulsion de mort figure en lien étroit avec le principe de réalité et le principe de plaisir (éros). Deux grands opérateurs psychiques qui apparaissent fondamentalement antagoniques et structurent chacun de nous. Ce couplage constitue en quelque sorte un axe en fonction duquel se construiraient nos prédispositions et s’élaboreraient nos actions et réactions.

Le premier représente celui par lequel les sujets font l’apprentissage du réel, apprentissage qui leur permet, grâce à des détours et des ajournements nécessaires – voire indispensables – d’atteindre la satisfaction de certains de leurs désirs. Quant au second référent qui régit notre organisation mentale, il renvoie à l’ensemble des activités humaines ayant pour but d’éviter le déplaisir et de rechercher systématiquement le plaisir. Cependant, il ne se réduit en aucune manière à la satisfaction des besoins vitaux. Il s’agit bien davantage d’un régulateur du fonctionnement mental qui appelle des conduites d’évitement ou favorise l’évacuation de tensions déplaisantes.

JOSEPHA LAROCHE

Pierre Teilhard de Chardin

Hommage à cet Auvergnat illustre, né à Orcines, dont la pensée parfois difficile à suivre est toujours géniale.

À la loi de Lavoisier (rien ne se perd rien ne se crée), à la première loi de l’énergétique (on ne peut créer de l’énergie nouvelle, on ne fait que transformer l’énergie) et à la deuxième loi de l’énergétique (l’entropie tend vers un maximum, c’est-à-dire que l’énergie physique s’épuise et que le désordre de la matière augmente) s’ajoute ce que Teilhard nomme la Loi de complexité – conscience. C’est-à-dire que plus il y a complexification (des neutrons, protons et électrons aux atomes, molécules, cellules et mammifères, à l’humain et aux phénomènes sociaux) plus se construit la conscience d’être. Cette conscience d’être qui, à la limite, nous fait réaliser que notre devenir est entre nos mains. L’homme est au centre de ce phénomène puisque l’homme sait qu’il sait. Il est le premier capable de décider de lui-même de participer à l’Évolution qui est une montée vers la Conscience.
Le moment est venu de se rendre compte qu’une interprétation, même positiviste, de l’Univers doit, pour être satisfaisante, couvrir le dedans, aussi bien que le dehors des choses, – l’Esprit autant que la Matière. La vraie Physique est celle qui parviendra, quelque jour, à intégrer l’Homme total dans une représentation cohérente du monde.
« Constitution spirituelle et synthèse matérielle ne sont que les deux faces ou parties liées d’un même phénomène ». Ce qui signifie, à ses yeux que la spiritualité est inscrite dans la matière ou, en d’autres mots, que la matière porte en germe la spiritualité. Ainsi, à mesure que l’organisation de la matière monte en complexité, la conscience elle aussi peut grandir. D’où son énoncé de la Loi de complexité – conscience.

La vie commence avec les cellules à partir de méga molécules, il y a de ça quelque 3 milliards d’années. Avec ces cellules se construisent l’arborescence et l’expansion de la vie. Et dans cette arborescence, voici quelques 6 à 4,5  millions d’années, apparaît le phylum qui mène à l’humain.

À travers les millénaires, à mesure que le vivant s’organise, la conscience grandit:
« L’Homme non pas centre statique du monde,- comme il s’est cru longtemps; mais axe et flèche de l’Évolution,- ce qui est bien plus beau. »
« Du point de vue expérimental qui est le nôtre, la Réflexion, ainsi que le mot l’indique, est le pouvoir acquis par une conscience de se replier sur soi, et de prendre possession d’elle-même comme d’un objet doué de sa consistance et de sa valeur particulière : non plus seulement connaître, – mais se connaître; non plus seulement savoir, mais savoir que l’on sait.

Nous sommes tous des individus qui prenons conscience d’être dans notre rapport avec les autres.
Teilhard imagine que se développe à la surface de la Terre une nappe pensante : la noosphère. Nous sommes, chacun d’entre nous, des cellules de cette nappe pensante. Dans cette noosphère, l’Amour énergie s’accumule : « L’Amour, aussi bien que la pensée, est toujours en pleine croissance dans la Noosphère. » (Teilhard, précité, p. 41). Depuis l’apparition d’’homo sapiens il y a 200 000 ans, suivie du début de la socialisation, il y a environ 10 000 ans, puis du siècle des Lumières, l’homme voit l’Évolution s’accélérer. Teilhard voit le phénomène social comme la suite logique du phénomène biologique: « Le phénomène social : culmination, et non atténuation, du Phénomène Biologique.»

Sagesse?

« L’autocritique, la dérision, l’humour noir et l’indignation sous toutes ses formes sont de saines attitudes, jubilatoires et constructives dans un monde en crise, où nous sommes tant, à nous « prendre au sérieux »… Rions, moquons nous de nous pour ne pas tomber dans une société rigidifiée, immobilisée dans ses certitudes !!! Tellement de choses indignent, font sortir de nos gongs… que l’ironie, la dérision, se moquer de soi-même… sont des réactions saines pour ne pas devenir des moutons bêlants; être en vigilance constante… et il y a de quoi faire !!.  »

De  fanfanouche24, membre de Babelio

Appel des « chimpanzés du futur »

Pour les transhumanistes et les collabos de la machine, l’humain est l’erreur. L’humain est faible et faillible, l’humain est fini. L’humain leur fait honte. Ils aspirent à la perfection, au fonctionnement infaillible et à l’infinité du système technologique ; à se fondre dans cette totalité autonome.
Les transhumanistes trouvent des soutiens partout. Ils s’expriment dans les émissions de radio et dans les journaux de référence. « L’homme augmenté, c’est déjà demain », proclame l’hebdomadaire citoyen qui se réjouit du fait accompli. « Un autre transhumanisme est possible », déclare l’Association française transhumaniste. On n’arrête pas le progrès et la gauche est pour le progrès. Etre de gauche, c’est réclamer le droit et les moyens de l’hybridation homme-machine pour toussétoutes ; d’un service public de l’eugénisme, nouvelle branche de la sécurité sociale.
Cependant, nous les chimpanzés du futur, nous n’avons pas perdu, et la machine n’a pas gagné.
L’Humain reste une bataille en cours tant qu’il ne s’abandonne pas, et il ne s’abandonne pas tant qu’il pense les choses et les dit avec des mots. Nommer une chose, c’est former une idée, et les idées ont des conséquences inévitables. Nous devons garder les mots et nommer les choses du mot juste. Nous devons former des idées avec leurs conséquences inévitables.
Les transhumanistes n’ont qu’une idée : la technologie.
Nous, chimpanzés du futur, n’avons qu’une technologie : les idées.
Cependant les idées sont plus actives, plus rapides, plus performantes que n’importe quelle technologie ; plus véloces et puissantes qu’Internet et l’électricité.
Nous disons : le transhumanisme est un nazisme en milieu scientifique. C’est ce techno-totalitarisme, ce « fascisme » de notre temps que nous combattons, nous, animaux politiques : Et nous vous appelons à l’aide.
Sauvons les mots.
Brisons les machines.
Reproduisez et répandez l’Appel des Chimpanzés du futur.
Grenoble, le 5 novembre 2014
www.piecesetmaindoeuvre.com