Clément RODIER

Article de Marie Claire TIXIER sur un petit gars de chez nous
Frère Clément RODIER, du canton de Saint-Germain-L’herm
L’Algérie et … la clémentine …
Quand on déguste ce petit fruit sans pépins venant d’Espagne, d’Israël ou de Californie, on est bien loin de penser à ce petit Frère Marie-Clément (1) qui inventa la clémentine dans un coin d’Algérie (française) peu connu, appelé Miserghin (*).
(*) Misserghin (parfois dite Miserghin ou Mizerghin) est une commune algérienne de la wilaya d’Oran. Dès 1843, des familles françaises arrivent à Misserghin. Aucune installation n’est prévue pour les recevoir : en conséquence, elles logent et cohabitent dans un dépôt du vieux village. Un état dressé le 1er novembre 1843 par le commandant de la place permet de se souvenir de ces familles sans lesquelles il n’y aurait jamais eu de village.
Frère Marie-Clément est né le 25 mai 1839 dans un coin reculé du Puy-de-Dôme appelé Malveille, un hameau de la commune de Chambon-sur-Dolore, dans ce coin du Livradois du canton de Saint-Germain-L’herm. Un Vital à Malveille, quelle ironie ! Ce n’est point là qu’il pouvait espérer grand avenir. Mais l’avenir qu’il décida de poursuivre ne fut point grand, aux yeux de beaucoup.
Il s’appelle Vital RODIER. Il est le second fils de Jean RODIER, cultivateur et scieur de long, & Jacqueline COMMUNAL, et de fait déjà l’aîné, puisque son frère Benoît, né le 26 mai 1837, est décédé au bout d’un an, le 21 juillet 1838. 2 autres fils ont suivi, Guillaume en 1842 et Benoît en 1844.
Malvieille est alors un de ces gros villages tel qu’il en existe un peu partout ; un trop plein de main-d’œuvre ; il faut bien émigrer pour vivre ! La maison de ses parents est juste en face de celles des autres RODIER de Malvieille : de dom Macaire RODIER, alors chartreux à Valbonne ; de Guillaume RODIER, frère de ce dernier, dont les enfants partent les uns après les autres vers l’Algérie ; de la maison aussi des ANGLADE … [des unes et des autres, il ne reste en 2010 que quelques tas de pierres].
En 1854, à 15 ans, Vital RODIER part dans le Gard, à la Chartreuse de Valbonne, où son cousin dom Macaire (Claude RODIER) est vicaire ; il y fait 2 ans d’études, tout en s’essayant en parallèle au régime rigoureux de la vie des moines chartreux. Sa santé fragile s’accommode assez mal aux exigences du Consuetudines Cartusiae, qui régit la vie austère (2) de cet Ordre.
En 1856, lassé des hivers locaux, Vital décide de rejoindre en Algérie plusieurs de ses cousins, dont André RODIER, à la congrégation de Notre-Dame de l’Annonciation, à Messerghin près d’Oran, dirigé par le père Abram. Cela fait 17 ans que la Congrégation est installée là dans un vaste domaine.
Vital RODIER arrive le 1er novembre à Miserghin, à la Toussaint. Il y retrouve ses cousins Jean, André-Claude, Antoine et Jean-Marie RODIER (devenus Frères Joseph, Marie, Isaac et Stanislas) et tous les autres voisins du Livradois.
Cet institut de Frères se préoccupe, comme beaucoup d’autres alors, des trop nombreux orphelins. Le Père Abram a 38 ans et, en ces années qui suivent la conquête de l’Algérie, a transporté ses orphelins et ses petits frères de « l’Annonciation » sur une terre ouverte à toutes sortes d’initiatives, ayant, après des démarches tenaces, obtenu en 1849 une concession de 30 ha à Miserghin, village de colonisation à 21 km au S-O d’Oran. 2 ans plus tard, on lui a accordé en plus les 12 ha d’une pépinière étatique. La ténacité du Père Abram, jointe à l’immense bonne volonté de ses petits frères, transforme le domaine en une grande exploitation agricole, doublée d’ateliers où se forment les orphelins venus de France et d’Algérie.
C’est à cette pépinière que travaille notamment le Frère Marie-Clément RODIER.

« On peut dire que rien n’a été planté sans lui dans les 20 ha de la pépinière et les 35 ha du vignoble. C’est lui qui a introduit dans le pays plusieurs centaines d’espèces d’arbres forestiers, fruitiers ou d’ornement, sans compter une merveilleuse collection de rosiers comprenant près de 600 variétés des plus rares … Il obtint même et développa plusieurs variétés de plantes et de fruits, entre autres une espèce de mandarine, qui fait l’admiration des connaisseurs, et que les orphelins de l’établissement ont baptisée du nom de Clémentine. » (3)

L’origine ou l’hérédité de ce fruit désormais populaire est assez mystérieuse. Les sociétés savantes et la tradition se contredisent ou se complètent. Les botanistes la découvrent sur le tard, alors que le Frère Marie-Clément en fait déjà exploitation.
Son invention reste floue. Elle remonterait à une époque entre 1892 et 1900. La pierre tombale du Frère la situe en 1894, mais des auteurs, tous sérieux, sont loin d’être d’accord sur cette date.
La modalité est non moins mystérieuse (4). La tradition fournit 2 explications.

« Il y avait sur le terrain, au bord de l’oued Miserghin, un arbre non cultivé qui avait poussé là parmi les épines ; ce n’était pas un mandarinier, ni un oranger ; ses fruits plus rouges que les mandarines étaient d’une saveur délicieuse et n’avaient pas de pépins ; c’est ce que devait apprendre au Frère Clément un jeune arabe qui en avait dégusté ; intéressé par ces fruits, l’arboriculteur prit sur lui la décision de faire des greffes avec des greffons de l’arbre miraculeux. L’opération réussit ; on multiplia les greffes et au nouvel arbre on donna le nom de clémentinier.« 

Une autre version est donnée par le fils d’un employé qui vivait à la pépinière au temps du Frère Clément et dit que celui-ci aurait suivi le travail d’une abeille en train de butiner :

« L’abeille passe d’un bigaradier sur un mandarinier ; que peut-il sortir d’un tel mélange de pollen ? Le Frère attache un ruban rouge à la fleur du mandarinier et surveille la production ; il prélève le fruit à maturité, fait un semis et obtient la clémentine … »

Peu importe, en fait ! La curiosité historique est unanime pour attribuer l’invention de la clémentine à Vital RODIER, devenu Frère Marie-Clément en entrant chez les Frères de l’Annonciation.
L’inventeur de la clémentine décède le 20 novembre 1904 (5), à l’âge de 65 ans ; il est alors déclaré comme « pépiniériste, demeurant à Miserghin, célibataire ». Cela fait 48 ans qu’il est arrivé.
Un an après la mort de Vital RODIER dit Frère Marie-Clément, l’orphelinat de Misserghin connaît un sort singulier : alors que les lois de séparation de 1905 ont fait fermer la vingtaine de collèges spiritains en France, seul Misserghin a pu rester ouvert, en ce département alors français.

Lors du départ des religieux, après l’indépendance algérienne et la nationalisation de l’orphelinat, les tombes de tous les spiritains morts à Misserghin sont nivelées et recouvertes d’un gazon sous lequel disparaissent leurs noms et avec eux, l’évocation de leur présence et de leur dévouement. Les restes du Frère Marie-Clément sont placés dans l’ossuaire du couvent.

  • Frère Clément s’est aussi intéressé durant 40 ans à relever la température moyenne à Miserghin, la pluviométrie, à faire diverses autres activités scientifiques. Mais c’est la découverte de la clémentine qui l’a rendu célèbre, bien que peu de personnes connaissent le Frère RODIER.
D’après « Les Frères Courage, Mémoire Spiritaine », Etudes et Documents (1994)
(1Il est le seul Frère spiritain à se trouver dans le Larousse et, pardonnez du peu, c’est dans les noms communs. « Clémentine : n.f. (du nom du F. Clément qui obtint le fruit en 1902). Mandarine d’une variété à peau fine, fruit du clémentinier. » (Petit Larousse 1998). Pour le même fruit hybride du bigaradier et du mandarinier, le Petit Robert renvoie à un « Père Clément ».
(2)« Sa santé est trop fragile pour supporter les exigences de la vie des chartreux ». Père Roger Tabard, archiviste adjoint.
(3Il marque ses essais dans des cahiers (qu’on a perdus), notant le lieu, la date, les résultats des diverses expériences. op cit.
(4D’après le Dr Trabut, de la « Sté d’horticulture », qui visite souvent les nombreux travaux du Frère, celui-ci aurait créé par hasard un hybride de mandarinier et de bigaradier à feuilles de saules ou granito. Ceci se passe en 1900 et on le nomme d’abord « mandarinette ». Lorsque les botanistes ont pris conscience de l’intérêt de ce nouvel agrume, la parcelle d’origine a été arrachée. Impossible de connaitre les plans d’origine. op cit.
(5) Le Frère RODIER, mort depuis 1904, a obtenu pour sa découverte la médaille d’Or grand module de la Sté d’Agriculture d’Algérie, qui a baptisé en son honneur ce fruit merveilleux de la Mitidja, la « clémentine », 20 ans après sa mort. op cit.
En 1962, l’accession à l’indépendance de l’Algérie et le départ des Français sonnent le glas de la production d’agrumes du pays : de nombreux « pieds-noirs » spécialisés dans la clémentine délocalisent leur savoir-faire en Corse.
En 2002 les chercheurs démontrent que ce fruit n’a pas de lien de parenté avec la bigarade mais avec l’orange douce, au contraire de ce que pensait le Père Clément.

Débâcle temporaire

La température s’élève, la neige fond.
Cependant, en altitude, il en reste encore pas mal.
A titre d’exemple, ces photos prises à seulement 1150 mètres cet après-midi, autour de la ferme « du Girondin », belle ferme située à proximité de « La Cabane », restaurant que je vous recommande si vous venez cet été et si…   🙂

 

De la France

​Aimer la France, quoi qu’il en coûte

Qu’avons-nous raté pour qu’un professeur, dans un collège paisible, soit un jour d’octobre décapité de sang-froid par un « réfugié » ? Sans doute faut-il nous interroger sur notre politique migratoire. Sûrement aussi sur notre désamour de la France et de son histoire. Comment les immigrants et leurs enfants pourraient-ils aimer ce que nous n’avons de cesse de dénigrer ?…

Quand il a rendu hommage à Samuel Paty dans son discours de la Sorbonne, le 21 octobre, M. Macron n’a eu de cesse d’exalter la république. Il a prêté au professeur martyr l’idéal de « faire des républicains ». Mais ce n’est pas avec cela que l’on va faire rêver les millions de jeunes Français et immigrants en quête d’identité…

Qu’est-ce qu’une république aujourd’hui ? Un État dont le chef n’est pas héréditaire. Un point, c’est tout. La France mais aussi le Mali, l’Algérie, la Tchétchénie, la Corée du Nord, la Chine populaire… sont des républiques. La Suède, la Norvège, le Danemark, l’Angleterre, l’Espagne… sont à l’opposé des monarchies. Les monarchies, qui se font rares, sont pour la plupart plus démocratiques et plus attirantes que l’immense majorité des républiques. À tout prendre, dans l’échelle de la démocratie, une monarchie parlementaire vaut mieux qu’une république autocratique.

Ce n’est donc pas en invoquant notre régime politique que nous inculquerons aux jeunes Français et immigrants le « désir de vivre ensemble » (dans cette expression d’Ernest Renan, c’est le mot « désir » qui est le plus important) mais en transmettant l’amour de la France, de ses habitants, ses paysages, ses lettres et ses arts, son histoire et ses héros. Y sommes-nous encore disposés ?

Quel homme politique osera écrire comme le général de Gaulle : « Ce qu’il y a, en moi, d’affectif imagine naturellement la France, telle la princesse des contes ou la madone aux fresques des murs, comme vouée à une destinée éminente et exceptionnelle » (Mémoires de guerreL’Appel, Plon, 1954) ?

Quel enseignant osera reprendre l’injonction d’Ernest Lavisse : « Enfant, tu dois aimer la France, parce que la Nature l’a faite belle, et parce que l’Histoire l’a faite grande »… Lequel sera prêt à chanter Ma France avec ses élèves sans craindre de heurter les imams salafistes, les intellectuels de salon qui assimilent la France à un État raciste et pire que nazi, et les bourgeois qui vomissent les « gars qui fument des clopes et roulent au diesel » ?

Haine de soi, haine d’autrui

Le coup d’envoi au désamour de la France a été donné par la loi Taubira de 2001, votée par 81 députés. Cette loi truffée d’inepties et de contresens attribue aux seuls Européens le péché originel de l’esclavage. Elle fait fi de l’Histoire : l’esclavage est une réalité de tous les temps dont seule l’Europe occidentale en a été exempte pendant près d’un millénaire ; les peuples européens sont à ce jour les seuls à avoir milité pour l’abolition de l’esclavage ;  le racisme anti-noirs est une invention de l’islam arabe reprise par les Étasuniens au XIXe siècle ; les États-Unis ont officialisé le racisme dès 1790 en réservant la citoyenneté aux free white persons (« personnes libres blanches ») mais la France, à la même époque, a accordé la citoyenneté à tous ses enfants y compris les « libres de couleur » des colonies ; jusqu’à la fin du XXe siècle, les noirs ont bénéficié en France métropolitaine d’un statut plus avantageux que nulle part ailleurs (en 1969, il s’en est fallu de peu qu’un homme de couleur, Gaston Monnerville, accède à l’Élysée).

Hélas, depuis la loi Taubira, chacun y est allé de son couplet pour accuser la France de tous les maux de la terre, y compris M. Macron qui, en déplacement en Algérie pendant la campagne présidentielle, en février 2017, osa affirmer à propos de la colonisation : « C’est un crime contre l’humanité. C’est une vraie barbarie et ça fait partie de ce passé que nous devons regarder en face en présentant aussi nos excuses à l’égard de celles et ceux vers lesquels nous avons commis ces gestes. »

Loin de nous l’idée de justifier la colonisation de l’Afrique. Celle-ci fut une erreur, voire une imbécillité de l’avis des libéraux et de la droite traditionnelle. Elle donna lieu à des abus et des crimes comme toutes les entreprises humaines. Mais à l’exception de l’Algérie, occupée pour des raisons de politique intérieure, elle fut conduite au nom de motifs humanitaires et dans le désir d’augmenter le prestige de la France, sans rien de commun avec les conquêtes et colonisations ordinaires, de l’extermination des Khoisans par les Bantous à la répression des Ouïghours par les Hans en passant par les guerres indiennes et l’oppression des Ottomans sur les peuples de leur empire.

Du ministre Jules Ferry à l’humanitaire Sophie Pétronin (l’otage du Mali libérée en octobre 2020), il y a une parfaite continuité dans le désir de « civiliser les races inférieures » et enseigner aux Africains les bonnes pratiques de la modernité qu’ils seraient incapables d’acquérir par eux-mêmes. On peut s’affliger de ce racisme plus ou moins bienveillant mais de là à qualifier la colonisation de « crime contre l’humanité » à l’égal de la Shoah, il y a un abîme d’indécence et l’on en perçoit aujourd’hui les conséquences dans la rage destructrice qui saisit toute une fraction de la jeunesse issue d’immigrants musulmans ou africains, qui n’a pas su ou n’a pas été incitée à s’assimiler par le travail et l’étude.

Le plus affligeant est le soutien que reçoivent ces jeunes de la part de militants et intellectuels mal inspirés par l’exemple étasunien. Il s’ensuit une avalanche de dénonciations surréalistes du « racisme d’État », des « crimes du passé », de l’« islamophobie » ou des « discriminations ».

La France, notre bien commun

Nous ne combattrons pas le « séparatisme » des immigrants nouvellement arrivés en discourant ad nauseam sur le fait religieux. L’islam et Mahomet ne sont que des prétextes à la haine de la France. Cette haine est plus sûrement nourrie par le spectacle d’une classe dominante qui a elle-même fait sécession et se prépare à l’exil en adoptant la culture américaine et le globish (l’anglais d’aéroport) jusque dans les grandes écoles et les universités, en délocalisant ses impôts mais aussi nos usines et nos champions industriels (Sanofi, Lafarge, Alstom…), en asphyxiant les services publics par servilité à l’égard de Bruxelles, Berlin et Francfort, en saccageant notre patrimoine à coup d’éoliennes géantes et de centres commerciaux, en laissant brûler par négligence nos églises et nos cathédrales.

Si nous arrivons à ressouder la nation, alors nos enseignants pourront combler le besoin de tous les enfants d’aimer et d’être aimés. « Si le prof aime la France, ils aimeront la France. On ne peut transmettre que ce qu’on aime, écrit l’enseignant Jean-François Chemain (La Vie, 19 octobre 2020). Or, la honte de soi ne va pas leur faire aimer la France ». C’est là la clé du drame de Conflans-Sainte-Honorine.

André Larané