Beauté et santé

Et si nous retrouvions la beauté ?
Dr. Françoise Dencuff

Lettre d’Expression médicale n°463
Hebdomadaire francophone de santé
11 septembre 2006

Un petit reportage de midi (Journal de TF1 – JT, lundi 4 septembre 2006) sur L’école Saint Thomas de Strasbourg m’a tout à coup incitée à réfléchir sur la Beauté et l’impact qu’elle peut ou doit avoir sur la santé. Une ballade de quelques heures sur la Toile m’a permis de mettre à jour quelques connaissances philosophiques et de donner chair à ces quelques lignes.

Retrouver la confiance:
En repensant à cet édifice superbe présenté au JT et surtout aux réflexions des élèves fiers de leur établissement et exprimant sans réserve la conscience de la chance qu’ils avaient de travailler dans un endroit exceptionnel, j’ai tout à coup réalisé à quel point la beauté était absente dans le monde de la santé.
Mais me direz-vous, selon le discours politiquement correct ambiant : « à chacun ses goûts ». Autrement dit la beauté n’existerait pas, seule subsisterait l’émotion esthétique.
Un petit détour par l’art me paraît nécessaire. Pendant longtemps l’art classique se fondait sur une opposition entre les œuvres d’art et les œuvres techniques. N’était art que ce qui n’était pas utile. Et l’art ne pouvait qu’être lié à l’intention consciente. Une œuvre de nature n’était pas belle puisque dans l’impossibilité d’être intentionnellement consciente de sa beauté.
Puis l’art dit contemporain a fait entrer les WC au musée. Autrement dit deux versions de l’art, et donc de l’émotion esthétique s’affrontent. L’inutile ou le conceptuel. Le tout pour l’art ou l’art dans le tout.
S’il est difficile de définir l’art, plus encore la Beauté. Et c’est un challenge terrible à relever en ce début de Millénaire : Nous avons un tel besoin de nous libérer des tensions que nous portons en nous, qu’il nous faut de l’énorme, de la puissance, de la violence pour dénouer nos troubles et arriver enfin à l’apaisement de la beauté. Pour rencontrer la beauté, l’esprit doit s’être vidé de ses tensions et doit avoir rencontré l’humilité. ( l’Essence de la beauté de Serge Carfantan, Philosophie et spiritualité)
Tout un programme…surtout pour les toubibs.

Restaurer la conscience
Et si nous demandions à Platon sa définition de la Beauté : Au sommet de l’Amour réside la compréhension de la Beauté, car la Beauté est ce que l’Amour découvre, quand il s’est dégagé de ses limites sensuelles, quand il s’est purifié de ce qui l’alourdit et le limite.
En lisant ces dernières lignes, il est évident qu’un (e) malade, polarisé sur sa pathologie, à fortiori si elle est grave, aura beaucoup de difficultés à penser à l’Amour et à la Beauté.
Comment peut-il, même s’il ressent l’Amour dont parle Platon, le vivre purifié de ce qui l’alourdit et le limite ? D’examens souvent invasifs en traitements qui ravagent le corps, sans oublier la peur qui sidère l’esprit, comment réveiller cet Amour, source de vie et d’espoir, comment redonner le goût de la Beauté à un visage sans cheveux ?
Toute notre société semble par son oubli de l’Amour avoir banni la Beauté.
Qu’y a-t-il de beau dans nos établissements de soins ? De la « fonctionnalité » pour permettre aux soignants d’aller plus vite, d’éviter les risques, les infections. Même les fleurs sont de plus en plus déconseillées. Le malade dans sa souffrance n’a que le sourire, rare malheureusement, des blouses blanches. Uniformité des couleurs, des murs, des meubles. Rien pour maintenir le vivant, pas de possibilité de repos, de retrait, juste le son des machines, des sonnettes, de la respiration si courte.

Renforcer la compétence:
De quelle compétence s’agit-il ? Est-ce que nous ne serions que des automates, soucieux du bon diagnostic ou du traitement adéquat ? Que nous manque-t-il alors pour que les malades puisent en nous une aide véritable ? Celle qui leur indiquera le chemin de l’Amour et de la Beauté ? Même et surtout s’ils savent leur vie presque au terme.
Si nous suivons les prescriptions de Serge Carfantan il nous faudrait d’abord, nous même, les soignants, vider notre esprit des tensions et agir avec humilité. Pour Platon nous devons aimer.
Car il faut être en paix et aimer pour construire des hôpitaux qui ne ressemblent pas à des prisons, s’aimer pour être beau et rayonner, aimer encore pour que chaque visite devienne un rayon de soleil, aimer pour écouter nos patients, là où ils sont et pas là où nos propres peurs voudraient qu’ils soient.
La séparation entre le beau et le technique et l’orientation désespérément scientiste de la médecine ont limité celle-ci au mortifère. La mort existe, la maladie aussi, alors pourquoi vouloir isoler les malades dans le laid ? L’art n’est peut-être pas en tout mais la médecine a nié son art. Peut-on imaginer que la Beauté repousse les limites de la souffrance ?
Je veux le croire, je le crois, je le veux. Et vous ?

NDLR : La publication de ce texte consacré à la beauté le jour anniversaire même du drame du 11 septembre n’est pas un simple hasard du calendrier, mais une volonté délibérée de ce site. Comprenne à sa façon ce rapprochement d’allure paradoxale chaque lecteur qui le pourra.

l’os court : « La beauté, comme les verres de contact, est dans les yeux de celui qui regarde. » Lew Walace

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