Immunité croisée

Cet article a été publié sur MediQuality sous l’intitulé : « Et si l’immunité croisée expliquait bien des choses? », membre du réseau Medscape.

Depuis la publication dans Cell de l’étude Grifoni et coll. montrant la détection de cellules T réactives au SARS-CoV-2 chez des sujets atteints mais aussi chez des individus non exposés au virus, les tenants de l’immunité croisée sont de plus en plus nombreux. Cette thèse expliquerait aussi, de façon un peu simpliste, la diminution de circulation d’un virus observée aujourd’hui dans la population, et due peut-être à une immunité collective plus importante que ce que l’on a d’abord pensé.
Cellules T CD4+ réactives au SARS-CoV-2
« Il est important de noter que nous avons détecté des cellules T CD4+ réactives au SARS-CoV-2 chez 40 à 60% des personnes non exposées, ce qui suggère une reconnaissance des cellules T à réaction croisée entre les coronavirus du « rhume » en circulation et le SARS-CoV-2 », observent les auteurs de l’étude de l’étude publiée par Cell dans leurs conclusions.
Il est question ici de cellules T provenant d’échantillons de sang qui ont été prélevés entre 2015 et 2018, soit bien avant que le SARS-CoV-2 ne commence à circuler. L’explication avancée serait qu’il existe une immunité croisée avec d’autres coronavirus, et notamment ceux à l’origine des infections respiratoires les plus bénignes qui soient comme les rhinites banales.

La publication n’est pas la première à aller en ce sens. On peut ainsi citer les conclusions de chercheurs berlinois – issus notamment du prestigieux Charité Hospital – qui avaient déjà montré un mois plus tôt la présence de ces mêmes cellules T CD4+ réactives au SARS-CoV-2 chez 34% d’un échantillon de patients sains séronégatifs pour le SARS-CoV-2.
« Comme si ceux qui devaient faire l’infection l’avaient faite… »
Dans les réactions que l’on peut lire depuis cette publication, les épidémiologistes et infectiologues sont le plus souvent très prudents. En particulier ceux en charge des stratégies de déconfinement.
Certains praticiens avancent toutefois des hypothèses. Ainsi, en France, le Pr Freund, urgentiste à la Pitié-Salpêtrière, faisait le lien avec la baisse drastique du nombre de contaminations dans le personnel médical par rapport au début de l’épidémie. « Aux urgences et à l’hôpital, on est particulièrement exposés. Si le virus circulait autant qu’avant et qu’on était tous susceptibles d’être touchés, on se serait contaminés entre nous ou on l’aurait été par les malades. Or, une grande majorité des médecins n’ont pas été touchés du tout. C’est de la pure spéculation mais ça pourrait vouloir dire que des gens ont une immunité naturelle ou acquise. », mentionnait-il. (source AFP).

En Belgique aussi, des médecins travaillant dans les services Covid ont rapidement pu observer que les soignants contaminés l’ont surtout été au début de la pandémie. « Comme si ceux qui devaient faire l’infection l’avaient faite… », pour reprendre le témoignage d’une interniste de la région de Liège, au pic de la pandémie.
Thèse politiquement incorrecte
Si la prudence est de mise dans les prises de position publiques, c’est aussi parce que cette thèse corrobore les prédictions de ceux qui, avec Didier Raoult, affirment que la pandémie est derrière nous. Et le calcul paraît effectivement simple – trop peut-être. Si l’on cumule les 10% d’immunité spécifique mesurés par les quelques études sérologiques disponibles et une immunité croisée de 50%, on arrive au chiffre magique de 60% souvent avancé comme seuil de l’immunité de groupe et de la diminution de circulation d’un virus dans la population.
Pourtant, force est de constater qu’une série de faits pointés par les cliniciens de terrain plaident en ce sens. Outre la survenue en grande partie précoce des infections chez le personnel soignant, qui ne peut pas s’expliquer uniquement par la mise à disposition retardée de matériel de protection correct, les patients diagnostiqués renvoyés à domicile n’ont généralement pas engendré de vagues d’infections symptomatiques dans leur entourage, malgré un isolement souvent peu drastique dans les faits.

Enfin, chaque jour qui passe sans que l’on observe la seconde vague ou le rebond tant redouté depuis chaque phase du déconfinement plaide en ce sens. Et les courbes des nouvelles infections, y compris en Italie ou en Espagne, sont aujourd’hui clairement rassurantes.

 

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